Une famille roumaine vivait dans un taudis sur la commune de Sotteville-lès-Rouen. Cette famille, faisant partie de la Communauté européenne, reconnue prioritaire suite au recours de la loi DALO, a deux enfants : une fillette de 11 ans, scolarisée en collège, et un petit garçon de 10 mois né à Rouen. Les conditions de vie sont inimaginables au 21ème siècle : pas d'eau courante, présence de rats ... Pour ces raisons, l'enfant de 10 mois, à la santé fragile, a déjà été hospitalisé.

C'est pourquoi les soutiens de la famille, le Réseau Education Sans Frontières (RESF), le Droit au Logement (DAL) , la Ligue des Droits de l'Homme (LDH), le collectif 76 des travailleurs du secteur social, les parents d'élèves FCPE, les Alternatifs, le NPA, la GU, et Alternative Libertaire se sont adressés à la mairie de Sotteville pour les sortir de la détresse où ils se trouvent. Plus de 50 personnes se sont relayées le vendredi 12 novembre, à la mairie. Ils espéraient être reçus par M. le Député-Maire. Pas de chance ! Sa permanence avait été annulée et c'est finalement le directeur général des services qui nous a reçus pour nous dire que le dossier était du ressort de l'Etat, donc de la Préfecture.

Après toute une journée d'attente, il s'est avéré que la mairie n'avait strictement rien fait et n'avait pris aucun engagement, contrairement à ce qui a été annoncé dans la presse : c'est le sous-préfet qui s'est déplacé en mairie vers 18 h et s'est engagé à trouver une solution pérenne dès le lundi. Et si la famille a dormi au chaud les jours suivants, c'est que la solidarité du collectif a pallié l'inertie de la municipalité en trouvant lui-même une solution d'urgence. Au soir, M. le sous-préfet a reçu le collectif et la famille pour dire que les nuits d'hôtel seront étendues, le temps de trouver un hébergement.

Cela, c'était la situation au vendredi 26 novembre, où de nouveau la famille ignorait où elle allait dormir le soir même.

Le vendredi est le jour de permanence de M. le Député-Maire : deux représentants du DAL demandèrent à le rencontrer et apprirent qu'il fallait s'inscrire à 7 h ¼ et poser une question précise avant d'espérer être reçu.

Ce fut donc pour les soutiens une nouvelle journée d'attente dans la mairie. M. le secrétaire général assura plusieurs fois que de toutes façons, la famille ne dormirait pas dehors ce soir-là, sans jamais donner de solution réelle, et proclama que le problème incombait à la Préfecture, non à la Mairie. En fin de journée, comme rien de concret ne venait, les soutiens s'adressèrent au Conseil Général et obtinrent 3 nuits d'hôtel. Le lundi suivant, rendez-vous était pris au Pôle de Solidarité, rampe Bouvreuil, géré par le Conseil Général, où des nuits d'hôtel ont été accordées jusqu'à mardi 7 décembre, en raison du plan grand froid. Mais à ce jour, la Préfecture qui s'était engagée à trouver une solution pérenne en CHRS n'a toujours pas donné suite.

Comment peut-on vivre dans ces conditions, avec deux enfants dont un bébé de 10 mois, avec l'angoisse permanente de ne pas savoir où on va dormir le soir ?

Certes, ni la France ni Sotteville lès Rouen ne peuvent accueillir toute la misère du monde, comme il est si souvent répété, mais la deuxième partie de la phrase « mais elle doit y prendre sa part » est toujours gommée.

La commune de Sotteville n'a finalement trouvé aucune solution elle-même, au contraire de Canteleu, où dans un cas semblable, les soutiens ont été reçus par des élus qui ont mis une salle à leur disposition, et ont oeuvré pour qu'une solution d'attente soit trouvée. Aucune nuitée d'hôtel n'a été prise en charge par la mairie qui s'est toujours défaussée sur les autres pouvoirs publics. La commune de Sotteville prétend que la loi sur la réquisition des logements vides est une loi obsolète, alors qu'elle a été utilisée récemment en raison de la crise sans précédent que connaît notre pays :

- en 1995-96, le gouvernement, à la demande du Président Chirac, a réquisitionné plusieurs centaines de logements vides appartenant à des banques, des compagnies d'assurance, des administrations ;

- plus près de nous, le maire de St Denis a, en juin 2010, pris un arrêté de réquisition d'un ancien bureau de poste, occupé par des sans-logis. Rappelons que la loi autorise les maires ( sauf à Paris, Lyon et Marseille) à réquisitionner les logements vides depuis plus de 6 mois en vertu de leur pouvoir de police.

Les soutiens dénoncent la façon dont les pouvoirs publics se rejettent les responsabilités, renvoyant « la misère » de la commune à la Préfecture, et vice-versa, se jouant ainsi de toute humanité.

Compte-rendu de l'association Droit Au Logement (DAL), 5 décembre 2010