Christine Poupin (Sotteville A Gauche Vraiment) a expliqué qu'on arrivait à la conclusion d'une discussion, mais qu'il n'y a pas eu de réel débat, contradictoire et démocratique.

Le 7 juin 2007, c'est une première occasion qui fut manquée, car c'est à nouveau le choix de la privatisation qui est fait par le conseil municipal qui s'adjoint l'expertise du cabinet ATCO en lui confiant la mission de n'étudier que les possibilités de délégation au privé, excluant explicitement toute étude d'un retour à une régie publique directe.

On nous accuse de faire de l'idéologie, en l'occurrence, c'est ce choix de la majorité municipale qui est idéologique et libéral, considérant d'emblée que le privé est plus efficace que le public. Une majorité PS-PC devrait pourtant résister aux idées libérales.

Pour Sotteville A Gauche Vraiment, le service public est un choix :

- démocratique : il permet la plus grande transparence sur la gestion, le choix des fourisseurs et des produits.

- éthique : l'argent des familles et l'argent public n'ont pas vocation d'alimenter les profits des actionnaires d'une société privée.

- social : il permet de meilleures conditions de travail aux salariés (d'autant plus que le contrat prévoit une sous-traitance très peu encadrée et même une quasi-interdiction du droit de grève).

- sanitaire : avec une régie publique, la transparence est totale, le choix plus simple.

- écologique : le service public permet de choisir facilement des circuits d'approvisionnement courts, locaux, favorisant la conversion des exploitants agricoles à l'agriculture biologique. A l'inverse, les groupes comme Compass-Scolarest contribuent à étouffer les producteurs en leur imposant des méthodes productivistes et polluantes.

Ce choix du service public est un choix de société dont nous n'avons même pas pu débattre.

Olivier Christol (PCF), ose déclarer qu'ils (les "communistes") auraient "préféré 5 ans, mais (que) cet affermage est un 1er pas vers un véritable service public de restauration" ! Ben voyons ! Il réclame "une étude comparative approfondie entre la délégation de service public et le service public direct" ! Mais c'est avant qu'il fallait la demander, pas le soir du vote ! Pourquoi ne l'a-t-il pas fait plus tôt, alors que Sotteville A Gauche Vraiment demandait une telle étude ?

Il émet ensuite le vœu (pieu) que le choix de la société la moins chère ne se fasse pas "au détriment de la qualité", puis s'estime confiant dans la capacité des services de la ville à faire preuve de vigilance sur ce point (il va certainement s'amuser à éplucher les comptes de l'entreprise pour savoir quels produits sont ou non OGM ?).

M.Christol prend ensuite des accents sévères, voire menaçants, pour rappeler que des clauses permettent la résiliation du contrat en cas d'enquêtes de satisfaction négatives (ces prétendues clauses particulières, nous n'en avons pas trouvé trace dans le contrat).

Puis il défend avec chaleur l'idéal d'augmentation "très rapide" de la proportion de produits biologiques vers 20%, et souhaite même que les OGM soient proscrits pour l'ensemble des produits livrés (ce qui ne l'empêchera pas, au final, de voter le contrat proposé avec Scolarest… qui laisse une part marginale au bio, autorise les OGM et ne garantit même pas que toutes les viandes soient d'origine française !).
Le pompon arrive au final avec la rassurante information que Scolarest devra payer une redevance pour son utilisation à ses bénéfices propres des locaux de la cuisine de la municipalité, car il ne s'agit pas que "la ville permette à Scolarest de faire des profits plus que de mesure sur le dos des Sottevillais" ! Le contrat prévoit que Scolarest va pouvoir utiliser la cuisine centrale – payée par les Sottevillais – pour faire des repas vendus à l'extérieur de la commune, mais le PCF s'en accomode, tant que les bénéfices restent "mesurés" ! On aura vraiment tout entendu ce soir.

Bref, tout ça pour noyer le poisson et voter sagement la privatisation proposée par M. Bourguignon.

Benoit Hébert (Sotteville A Gauche Vraiment) déplore le choix fait pour 7 ans (une durée qui engage la ville au-delà du mandat du Maire, alors même qu'il est possible de conclure des contrats plus courts)! 7 ans de temps perdu pour une resauration publique.

Le contrat avec Compass considère les bénéficiaires des repas comme des "clients" et non des "usagers". Compass est spécialisé dans les machines à sous, la nourriture servie sur les aires d'autoroutes, dans les avions…

Il rappellle que ce contrat est au-dessous de ce que prévoit le Grenelle de l'environnement (20% de bio), qu'il n'exclut les OGM que pour le poisson (!) et permet l'utilisation des graisses hydrogénées, pourtant connues pour être cancérigènes.

Il rappelle l'importance de la production biologique et locale pour un environnement sain, pour la protection des eaux souterraines... Un service public aurait eu la possibilité d'encourager à la conversion les agriculteurs locaux dans une région qui est très à la traîne dans ce domaine et où les cancers environnementaux sont plus élevés qu'ailleurs.

Il évoque le manque de souplesse de la délagation au privé, alors qu'une gestion publique permet des changements simples et rapides dans le choix des fournisseurs, la confection des repas, etc.

Charlotte Lemoine (PS) fait observer qu'il n'est "pas simple" de nourrir quotidiennement plus d'un millier de personnes, que la réglementation est complexe, les compétences nécessaires chez le personnel de restauration sont importantes… que la municipalité a donc choisi la meilleure solution. Pourtant, la plupart des communes de l'agglomération ont une restauration publique, et on y mange tout aussi bien qu'à Sotteville ! Serions-nous les seuls à ne pouvoir nous passer du privé ?

Pierre Carel (PS) se réjouit que le nouveau système permette de manger "beaucoup plus frais". C'est la moindre des choses, et l'inverse aurait été dommage !

Luce Pane conclut la discussion par un audacieux tour de passe-passe en ces termes : "le choix de l'affermage est la preuve du mûrissement de notre pensée, c'est la démonstration que nous n'avons pas privatisé, c'est bien parce que nous gardons la main que nous pouvons changer de système. Il est abusif et malhonnête de dire que nous avons privatisé. Nous gardons le contrôle, et en plus, c'est participatif !". Pour madame Pane, confier la restauration à une multinationale, à un grand groupe privé, c'est donc du service public
. Madame Pane oublie de mentionner les profits que Scolarest va faire sur le dos des Sottevillais pendant 7 ans, elle oublie de dire que toute modification dans les choix de restauration devra être négociée avec Scolarest et dépendra du bon vouloir de cette société. Finalement, madame Pane nous prend pour des imbéciles.

M. Bourguignon rappelle que le vote de juin 2007 avait recueilli l'unanimité (oubliant de préciser que Sotteville A Gauche Vraiment n'avait pas d'élus à cette époque), se félicite de la procédure utilisée pour prendre cette décision (on peut compter sur lui pour l'auto-félicitation) et appelle au vote.

Vote : Christine Poupin et Benoit Hébert votent "contre", la droite et les élus du PS , du PCF et de l'UMP votent "pour" la délégation du service de restauration à la société privée Scolarest. Sotteville en prend pour 7 ans !